La sécheresse oculaire est un motif récurrent de consultation dans notre quotidien. Nous avons développé une approche avec une prise en charge globale afin de soulager le patient à différents niveaux. Cette prise en charge comprend : l’étude du profil du patient, la quantification de la sévérité de la symptomatologie ressentie, l’examen ophtalmologique complet, le Lipiview® qui permet de mesurer l’atteinte Meibomienne ainsi que l’analyse de la dynamique du clignement.
Cette approche permet dans de nombreux cas d’aboutir à une prise en charge thérapeutique apportant une réponse satisfaisante au patient.

La sécheresse oculaire

La sécheresse oculaire a été redéfinie en 2017 par « l’International Dry Eye Workshop » (DEWS II) comme une « maladie multifactorielle des larmes et de la surface oculaire qui provoque une instabilité du film lacrymal pouvant entraîner des lésions de la surface oculaire. Elle est accompagnée d’une augmentation de l’osmolarité (concentration en solutés) du film lacrymal et d’une inflammation de la surface oculaire. Les anomalies neurosensorielles ont également un rôle ».

La sécheresse oculaire se manifeste sur le plan fonctionnel par une sensation de corps étranger, de brûlures, de picotements, d’irritation, de troubles de la vision, de fatigue oculaire, de photophobie avec souvent un larmoiement réflexe paradoxal. La sécheresse oculaire peut devenir très douloureuse et être un vrai handicap. L’œil sec reste la première cause d’intolérance aux lentilles de contact et 50% des patients porteurs de lentilles de contact déclarent avoir les yeux secs alors que cette prévalence n’est que de 20% chez les non-porteurs de lentilles.

La prévalence de l’œil sec serait de 9 % chez les patients après 40 ans et de 15% après 65 ans. Le pourcentage de patients traités augmente en raison du vieillissement de la population. La prévalence de cette pathologie augmente avec l’âge. Elle est de plus en plus fréquente.

Notre approche diagnostique et thérapeutique

Le patient qui se présente est pris en charge par 4 personnes afin d’avoir une analyse globale de sa pathologie.

1/ L’assistante accueille le patient et lui fournit un questionnaire SPEED à remplir en salle d‘attente ainsi qu’un dossier d’informations sur le déroulement de la prise en charge, sur la sécheresse oculaire, ses causes, et les thérapeutiques envisageables.

Le questionnaire Patient (SPEED : Standard Patient Evaluation of Eye Dryness) permet au patient de décrire la symptomatologie ressentie (Sécheresse, sensation de grains de sable ou démangeaison, sensation de douleur, Sensation de brûlure ou de larmoiement, fatigue oculaire), sa fréquence, sa sévérité. Le score maximum pouvant être obtenu est de 28. Les catégories sont définies ainsi :

2/ Nous nous sommes entourés également d’une sophrologue, très utile pour ces patients dont la pathologie entraîne une souffrance quasi permanente parfois très invalidante. En effet, la sophrologie est une science qui étudie la conscience humaine et vise le renfort de l’équilibre entre nos émotions, nos cognitions et nos comportements. Elle permet à une personne de consolider ses structures aussi bien physiques que mentales, donc la gestion des manifestations psychosomatiques. Elle permet de ce fait d’accompagner certains des patients atteints de sècheresse oculaire une fois le diagnostic confirmé.
L’être humain étant une entité, la sophrologie lui propose de se centrer sur un besoin spécifique. Selon un protocole établi conjointement, l’approche du patient se fait par le biais d’une anamnèse complète. Elle permet de cibler précisément le patient dans toutes les étapes de son, existence, révélant ainsi les causes qui le conduise à une sécheresse oculaire. Cette anamnèse permet de prendre en compte les facteurs qui induisent la mise en place de cette pathologie. Il est également important de mettre en évidence la notion de souffrance qui entraine la douleur et quand la corrélation est établie par le patient de l’élément déclencheur, la prise en charge thérapeutique ophtalmologique du patient est facilitée.
Dans ce cas précis, il est question du patient ayant été confronté à un événement émotionnel important. En développant la réalité objective du patient, cela lui permet d’appréhender les évènements tels qu’ils sont, à développer plus de réalisme et d’efficacité dans l’action. Le renforcement de son action positive dirigée vers son corps ou et vers son mental entraine avec le traitement indispensable d’avoir une répercussion positive sur son être tout entier.

3/ Le patiente est ensuite pris en charge par l’orthoptiste pour les examens complémentaires avec le Lipiview®( fig 1). Le LipiView® est un appareil non invasif d’imagerie ophtalmique qui capture, archive et stocke des images numériques. Il permet en quelques minutes l’analyse du film lacrymal, des clignements et des glandes de Meibomus.

fig 1 fig 2 fig 3

Un document imprimable pouvant être remis au patient résume toutes ces données.

4/L’ophtalmologiste
L’examen ophtalmologique est orienté en fonction des résultats des examens précédents. Il doit être complet et centré sur l’analyse des paupières, de la conjonctive, du film lacrymal et de la cornée. L’évaluation de la sécrétion des glandes de Meibomius (MGE : Meibomius glands evaluation) affine le diagnostic. Cette étape a été standardisée grâce à l’utilisation d’un nouvel instrument qui permet d’appliquer une pression constante au niveau du bord libre en regard de 5 glandes Meibomiennes. L’expression des glandes est ainsi analysée en nasal, au centre et en temporal de chaque paupière inférieure. (Fig 4) La sécrétion Meibomienne est normalement fluide et transparente. Selon la sévérité du dysfonctionnement des glandes de Meibomius elle peut être fluide graisseuse, légèrement trouble ou opaque, épaisse, semi-solide (texture de dentifrice) ou cireuse témoignant d’un blocage complet.

Une fois le diagnostic confirmé et la sévérité de l’atteinte évaluée le traitement est proposé. Il comprend :

fig 4
fig 5-a fig 5-b fig 6 fig 7

Conclusion

La sécheresse oculaire est une pathologie complexe dont les causes sont multifactorielles. L’approche diagnostique doit être globale pour une meilleure prise en charge diagnostique et thérapeutique.

Références